Au départ, il y eut un appel masqué à la grève. Personne ne sait au juste d’où vient ni par qui il est signé mais il semble avoir été entendu hier, en particulier par ces jeunes sortis hier à Béjaïa et sa périphérie pour empêcher des commerçants d’ouvrir leurs commerces et des transporteurs de laisser leurs véhicules garés. La suite, on la connaît : des incidents fâcheux, une journée de tension qui s’est heureusement détenue en fin d’après-midi hier, et des biens personnels saccagés.
En attendant que le ministère de l’Intérieur, qui a ordonné l’ouverture d’une enquête afin d’identifier les auteurs de l’appel anonyme, à la grève générale, deux leçons : la première est qu’il y a eu hier, en particulier dans la vallée de la Soummam, des commerçants inquiets par l’impact d’une loi de finances 2017 qu’aucune structure de proximité ne leur a expliquée, ont décidé de laisser leurs rideaux fermés. Une réaction d’autant plus normale que d’autres commerçants, eux, se sont levés comme chaque matin pour s’adonner à leurs activités commerciales. Jusqu’à ce qu’ils soient agressés comme ce transporteur de Béjaïa qui a vu son autobus brûlé par de jeunes casseurs qui se sont manifestés à Bouira également. A la question « pourquoi ont-ils cassé ? » Ils ont répondu à notre correspondant : « Parce qu’on a dit que tout le monde doit faire grève, faute de quoi il faut casser. »
Cette réponse terrible de jeunes nous amène à la deuxième leçon : celle du déficit abyssal de communication qui faire croire l’impensable à certains de nos compatriotes, en particulier des jeunes ; celle de l’absence de toute efficacité et crédibilité chez les personnes et les collectifs associatifs se disant, par exemple, représentatifs de la profession de commerçant dans le pays. Ceux-là ont été incapables d’expliquer, hier, comment une rumeur aussi fantaisiste que le prix de la carotte qui va être trois fois plus chère que d’ordinaire – c’est juste une image pour résumer la qualité des discussions qu’on a entendues hier – a pu être prise au sérieux. Et ouvert la voie à de jeunes casseurs. A propos de crise, c’est peut-être là qu’elle réside ! Bonne année, tout de même.