Plus de six ans pour rentabiliser un investissement record estimé à 1,3 milliard d’euros: le défi de la chaîne Eurosport, détentrice en Europe des droits de retransmission des jeux Olympiques de 2018 à 2024, s’apparente à celui des sportifs qu’elle couvre dans leur quête de l’or.

A partir de dimanche, la chaîne propriété du géant américain Discovery Communications peut montrer à l’écran les cinq anneaux olympiques, un privilège qu’elle a payé au prix fort. Un an avant les Jeux d’hiver de Pyeongchang en février 2018, la course aux profits a ainsi déjà commencé pour Eurosport, et les premiers obstacles poignent déjà, notamment la négociation des accords de retransmission avec les diffuseurs nationaux en France, en Italie et en Espagne. « Les droits sportifs sont potentiellement des paris, explique son directeur général, Peter Hutton (En Europe) je pense que c’est un pari plutôt sûr et, sur cette base-là, c’est une avancée vraiment importante pour nous. » Les droits télé ont compté pour près de trois quarts des 5,6 milliards de dollars de recettes du Comité international olympique (CIO) sur la période 2013-16, et cela va encore augmenter avec l’accord signé avec Discovery en juin 2015 pour 50 pays, au point de choquer les professionnels du milieu. « Le prix qu’ils ont payé était trop cher, a expliqué un cadre d’une chaîne nationale sous couvert d’anonymat. 

Cela peut toujours mal tourner, mais cela ressemble de moins en moins à un risque. Ce genre de développement est un vrai défi aux diffuseurs nationaux ».
Les droits en Europe sont estimés à plus du double de la somme versée par CCTV, la télévision centrale chinoise, pour la même période. Mais, cela reste une paille par rapport aux 12 milliards de dollars (11,4 M EUR) payés par NBC pour diffuser les Jeux aux Etats-Unis entre 2012 et 2032. Si un accord a été trouvé avec la BBC au Royaume-Uni jusqu’en 2024, les négociations ont bloqué en Allemagne, où les télévisions publiques ZDF et ARD ne retransmettront pas les Jeux pour la 1re fois à cause des sommes trop hautes exigées par Discovery.
C’est ainsi Eurosport qui se chargera de diffuser les épreuves. L’Allemagne sera «un défi massif», a reconnu Hutton, qui ne s’attendait pas à la rupture des discussions.
«On regarde les conditions de la sous-licence, on regarde les revenus de la publicité, on regarde les revenus numériques, ensuite on divise et ça fait pas si peur». «On a encore quelques accords à négocier. Il y a l’Espagne, l’Italie, la France pour après 2020 (France Télévisions dispose des droits jusqu’à Tokyo-2020 inclus, ndlr), la Turquie», a-t-il poursuivi. Avec la candidature de Paris à l’organisation des Jeux de 2024, les discussions avec la France seront particulièrement suivies. Eurosport est «en avance sur son programme» sur cette question, et cherche désormais à muscler son antenne pour capter de l’audimat. La skieuse slovène Tina Maze, le hockeyeur suédois Peter Forsberg, et les sauteurs à ski allemands Sven Hannawald et Martin Schmitt ont été recrutés comme consultants, des recrues «de talent qui donnent de la crédibilité et de la pertinence» à la chaîne, selon Hutton. Le défi sera également d’attirer le public sur plusieurs supports, en renforçant sa présence sur la Toile et les réseaux sociaux. « Ce n’est plus ‘‘un produit, une chaîne’’ », a déclaré Hutton qui prédit qu’entre aujourd’hui et Tokyo-2020, les retransmissions en direct sur Internet vont s’accroître, ainsi que le nombre de chaînes dédiées à la couverture olympique.
M. A. H.