Avec 40 millions d’habitants, l’Algérie ne peut plus se permettre de laisser se dénuder les campagnes au risque d’une invasion des villes par leurs populations.

Le pays tente d’encourager les populations rurales à se doter de moyens de subsistance de telle sorte à les dissuader d’aller chercher dans les centres urbains ce qu’elles possèdent déjà dans leur région. C’est dans ce cadre que les pouvoirs publics ont décidé de donner aux produits du terroir et à la fabrication d’artisanat traditionnel une tout autre dimension. L’obtention du label pour les figues sèches de Béni Maouche à Béjaïa et l’instauration du concours du meilleur produit artisanal de l’année obéissent justement à cette politique de « fixation » des populations rurales. Une stratégie qui n’est d’ailleurs pas propre à l’Algérie puisque de nombreux autres pays méditerranéens ont suivi la même démarche. Il y a même des instituts de prospective économique du monde méditerranéen qui s’intéressent à cette donne car les indications géographiques et les marques territoriales agricoles et agroalimentaires dans l’espace euro-méditerranéen sont un enjeu économique majeur.
Des études des centres de recherche en agronomie tendent à confirmer ce diagnostic dans la perspective d’améliorer les conditions de vie matérielles des citoyens et leur alimentation. L’apport des systèmes alimentaires territorialisés à la résilience au changement climatique et au développement durable semble aussi d’une grande importance pour redonner une seconde vie aux campagnes délaissées en Algérie. Un rapport réalisé par le centre d’études en agronomie de Marseille fait ressortir la nécessité de promouvoir les produits du terroir et de contribuer à la valorisation de la diète méditerranéenne. Pour cela, il faut susciter une solidarité régionale pour la mise en œuvre d’une stratégie vis-à-vis du reste du monde, par exemple, en créant une marque territoriale permettant d’identifier les «Terroirs de la Méditerranée». Cela pourrait se faire dans le prolongement de la Déclaration d’Antalya sur les indications géographiques relatives aux produits alimentaires méditerranéens et le développement local du 26 avril 2008.
Les rapports réalisés dans ce cadre soulignent qu’avec la globalisation, les terroirs les plus reculés, empreints de leurs particularités et de leur savoir faire répondent à l’émergence de nouvelles demandes. Ecotourisme, lieux culturels exceptionnels, produits typiques, participent de marchés étendus par l’internationalisation des filières et par divers dispositifs de normes collectives, privées et publiques, relatifs aux questions de qualité et d’origine qui permettent une différenciation des produits. Les attributs des terroirs sont des facteurs possibles de démultiplication des offres. La construction de produits de haute qualité spécifique, de services et de produits dérivés accélère l’ouverture de marchés innovants, segmentés par des signes distinctifs.
Pour se positionner sur le marché mondial, mais aussi pour « reconquérir » les marchés intérieurs, la commercialisation des produits du terroir méditerranéen peut passer par une marque collective des « Produits alimentaires des terroirs méditerranéens». Toutefois, la mise en place d’une démarche volontariste et contractuelle garantissant le regroupement des indications géographiques du pourtour méditerranéen sous une marque ombrelle et dans, une plus large mesure, favorisant l’émergence d’alliances en vue de la visibilité des produits méditerranéens à forte typicité, suppose la mobilisation de moyens suffisants.