L’attentat qui a fait 39 morts et plusieurs blessés dans une boîte de nuit stambouliote dans la nuit du Nouvel An rappelle que la Turquie reste gravement ciblée par le terrorisme.

En 2016, qui a été une année particulièrement sanglante, elle a subi plusieurs dizaines d’attaques qui ont fait plusieurs centaines de victimes dans les grandes villes mais également ailleurs dans les provinces. Ce qui s’est donc passé avant-hier, lors du passage à la nouvelle année 2017, n’a presque rien d’imprévisible. Il semble même s’inscrire dans le cycle macabre auquel le pays fait face depuis des années en raison de questions internes comme celle relative à l’affrontement implacable que ses autorités livrent aux rebelles kurdes du PKK ainsi qu’à d’autres formations de la même obédience mais davantage radicales à l’image des faucons de la liberté du Kurdistan, le TAK. Les questions internes, elles aussi, sont nombreuses et prennent des orientations de plus en plus complexes au regard du positionnement changeant d’Ankara vis-à-vis de la crise qui ronge la Syrie, pays voisin et partageant avec lui une frontière de plus de 800 kilomètres.
Le moins qu’on puisse dire est que ce positionnement changeant, qui est à observer et à analyser en fonction des rapports ambigus, voire conflictuels avec ses soutiens occidentaux au sein de l’Otan comme à l’extérieur, générés eux-mêmes par les jeux troubles et les engagements trahis de ces derniers, a été générateur de tension extrême. Il est, pour Ankara, une source d’hostilité certaine et peut-être dans le futur d’une menace plus grave pour sa sécurité. C’est ce qu’affirment en tout cas de sérieux observateurs depuis que le président Erdogan, sans doute fatigué par les calculs et les atermoiements de ses « partenaires » occidentaux sur la question syrienne, un dossier où il n’est pas sans reproche, loin de là, a décidé de se tourner vers la Russie. Son entente à la fois récente et spectaculaire avec Moscou pour tenter d’obtenir une décantation sur le terrain syrien, ne plaît pas à beaucoup de monde dans la région et parmi les puissances de ce monde. Le groupe autoproclamé Etat Islamique l’a déjà fait savoir après son abandon par les stratèges turcs qui l’ont longtemps biberonné à la contrebande de pétrole et facilité l’accès au front syrien. Il peut l’avoir rappelé avec ses voeux macabres de la nuit du réveillon dernier.