L’accueil de la nouvelle année à Annaba, une année 2017 qui fait peur, n’est pas des plus enthousiastes puisque l’Algérien s’attend à plus d’austérité, plus de problèmes, une paupérisation de pans entiers de la société et donc des conflits sociaux.

Au moment où dans d’autres pays on célèbre la nouvelle année, feux d’artifice, embrassades dans les rues, de la joie et beaucoup d’espérances, ici, c’est l’amertume, le cloisonnement, le renfrognement devant des horizons obscurs avec une vision fataliste qui perdure. Outre cela, le fameux « layadjouz », formule préférée des islamistes, a fait des siennes en cette fin d’année puisque la plupart des pâtissiers ont chômé. Les bûches préparées n’ont attiré que de rares clients qui, même en les achetant, les soustrayaient à la vue des autres comme si fêter la fin d’année que tout le monde reconnaît est interdit chez nous. Il faut dire que ce « layadjouz » est sorti à chaque occasion pour l’opposer au bonheur des gens ne serait-ce que l’espace d’une journée alors que toute l’année est faite de petites misères au quotidien. Côté consommation en ce 31 décembre, les augmentations prévues ont amené la quasi-totalité des citoyens à envahir les superettes pour faire le plein de provisions avant la date fatidique du 1er janvier 2017. Il faut profiter des prix avant que ceux-ci ne s’envolent. Ainsi légumes secs, pâtes alimentaires, huiles, conserves de tomates, confitures, produits détergents, tout y passe. Dévalisées, les superettes n’arrivent plus à faire face devant ce déferlement de clients arrivés tous en même temps. Rupture de certains produits, on se dépêche d’aller au stock pour en chercher au plus vite et satisfaire une demande qui a explosé en ce dernier jour de décembre, faisant peuser à la pénurie des années 1980. « C’est normal, nous dit une ménagère avec un chariot qui déborde de produits, les prix vont augmenter. Je profite donc aujourd’hui pour me constituer un stock pour le mois. Cela me permettra d’économiser en prévision de ces augmentations qui n’en finissent pas. Vous savez, il n’y a jamais eu de baisse des prix chez nous même si sur les marchés internationaux elle est effective. Les prix montent, montent… à vous donner le tournis et les salaires restent les mêmes. Le pouvoir d’achat se détériore de jour en jour ce qui plonge des familles entières dans le besoin. »
Idem au niveau des stations-services où de longues files de véhicules se sont formées sachant que le lendemain les prix des carburants seront revus à la hausse. Les automobilistes se hâtent de faire au moins le plein sinon ce sont des jerricans qui sont remplis alors que la loi l’interdit. Les pompistes se pressent de remplir les réservoirs pour désengorger la station. «Aujourd’hui, le sans-plomb est à 31 DA le litre, demain il passera à 35 DA, cela devient trop cher. Alors que l’on payait avant 22,50 DA le litre, c’est presque 60 % d’augmentation en moins de deux ans. C’est trop ! », nous a lancé avant-hier un automobiliste dans une station à la sortie de la ville. Cette augmentation des prix des carburants aura certainement un impact négatif sur les prix des transports et induira une hausse des prix de produits agricoles, de produits de large consommation… Ces marchandises sont distribuées au niveau des grossistes pour ensuite atterrir chez les détaillants, le tout, bien sûr, payé par le consommateur dont la maigre bourse se rétrécit de jour en jour face à ces prix qui frôlent l’indécence. Bref, cette année 2017 n’est assurément pas de bon augure. La boîte de Pandore « s’est entrouverte ».